Sabina Guzzanti

La Trattativa, le nouveau film choc de Sabina Guzzanti

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« La Négociation », ce pourrait être le titre d’un thriller américain, sur fond de CIA, d’espions russes et d’attentats terroristes. Ce n’est, hélas, que le récit d’une triste réalité italienne : des tractations entre les plus hauts sommets de l’État et la mafia, survenus tout au long des années 90. Bien qu’il reste encore bien des zones d’ombre sur la teneur exacte de ces accords (le procès entamé en mars 2013 est encore en cours), on commence à avoir une idée assez précise quant au déroulement de ces négociations secrètes. Les chefs mafieux souhaitaient un assouplissement de la lutte antimafia (notamment un allègement de leurs conditions de détention à la suite des condamnations massives du Maxiprocès initié par les juges Falcone et Borsellino) et menaçaient de déstabiliser le pays à grands renforts d’assassinats d’hommes politiques et d’attentats. Tandis que le pouvoir cherchait à protéger certains de ses membres corrompus servant les intérêts de la mafia au sein même de l’État.

 

Après Viva Zapatero! et Draquila, la réalisatrice et comique italienne Sabina Guzzanti s’attaque aujourd’hui à l’affaire qui continue d’agiter la scène politique de la Péninsule, impliquant jusqu’au Président de la République, Giorgio Napolitano. Il lui aura fallu quatre ans pour boucler son film, présenté au dernier Festival de Venise et sorti sur les écrans italiens en octobre 2014. Un film qui n’a reçu aucune subvention ni financement public, rappelle la réalisatrice dans le journal Il Fatto Quotidiano, alors qu’il « parle d’une question historique cruciale pour l’Italie. Le pacte Etat-Mafia est l’acte fondateur de la Seconde République ». Un film qui, bien évidemment, suscite moult polémiques, à commencer par son affiche où figure un mafieux facilement reconnaissable à sa coppola (béret) et sa lupara (fusil) entre deux rameaux de chêne et d’olivier, l’emblème de la République italienne.

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La Trattativa n’est pas à strictement parler un documentaire puisque des acteurs mettent en scène les épisodes clés de l’affaire. Comme Sabina Guzzanti l’explique sur le site de son film, l’idée de cette mise en scène lui est venue en regardant un court métrage d’Elio Petri réalisé en 1970 sur le suicide présumé d’un anarchiste italien. L’objectif est de « rendre accessible au plus grand nombre un pan de notre histoire, afin de mieux le comprendre et d’en débattre ». Et ça marche! car bien qu’à sa sortie le film, largement ignoré par les médias (silence complice?), soit resté à l’affiche une dizaine de jours seulement, un mouvement civique s’est créé autour de La Trattativa grâce aux réseaux sociaux. Comme l’affirme un autre article du Fatto Quotidiano, la vidéo d’une rencontre avec Sabina Guzzanti à l’issue d’une projection au Parlement à la mi-novembre a été vue plus de 2 millions de fois et partagée par plus de 15 000 personnes. Sur la page #LaTrattatviaContinua, les citoyens, les écoles ou les associations ont la possibilité de demander une projection dans leur ville. Le film poursuit donc inexorablement sa progression, en passe aujourd’hui de devenir un véritable phénomène. Malheureusement pour le public français, aucun distributeur ne prévoit – pour l’instant – de projeter le film en France. A moins que les réseaux sociaux ne parviennent à changer la donne. Chiche?

 

 

En savoir plus

Le site de Sabina Guzzanti
Le site du film La Trattativa
La page Facebook
de Sabina Guzzanti et son hashtag #LaTrattatviaContinua pour suivre l’actualité du film et les projections programmées
Un article sur le film paru dans le journal Il Fatto Quotidiano
Un second article, plus récent, de Il Fatto Quotidiano
Un autre article de Repubblica

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